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Gerard BOS
30 avril 2022

Pour ou contre l'euthanasie

Les partisans de l’euthanasie (ce mot étant compris dans son sens courant actuel, qui est une injection létale) justifient leur revendication, par le grand nombre de personnes qui passent les derniers instants de leur vie dans des souffrances atroces, insupportables.

Ce constat est hélas véridique et on ne peut pas rester sourd à ces lamentations.

Mais on doit tenir compte d’une part, des progrès faits depuis 40 ans dans les soins de fin de vie par un meilleur usage des médicaments antalgiques de palier III et des sédatifs, et d’autre part, de l’évolution de la législation en France.

Il est difficilement admissible qu’un nombre élevé de personnes ne bénéficient pas de ces progrès qui devraient permettre aux médecins de remplir les obligations professionnelles définies dans les lois de 2005 et 2016 :

« Article L1110-5-3 Créé par LOI n°2016-87 du 2 février 2016 - art. 4 :

- Ces actes (de prévention, d'investigation ou de soins) ne doivent pas être poursuivis par une obstination déraisonnable. Lorsqu'ils apparaissent inutiles, disproportionnés ou n'ayant d'autre effet que le seul maintien artificiel de la vie, ils peuvent être suspendus ou ne pas être entrepris… - La nutrition et l'hydratation artificielles constituent des traitements qui peuvent être arrêtés conformément au premier alinéa du présent article.

- Toute personne a le droit de recevoir des traitements et des soins visant à soulager sa souffrance. Celle-ci doit être, en toutes circonstances, prévenue, prise en compte, évaluée et traitée. Le médecin met en place l'ensemble des traitements analgésiques et sédatifs pour répondre à la souffrance réfractaire du malade en phase avancée ou terminale, même s'ils peuvent avoir comme effet d'abréger la vie… »

Malgré ces avancées, Olivier Falorni réclame une loi "ici et maintenant" qui autoriserait les familles à mettre fin aux souffrances de leurs proches.

Mais la justification de mettre fin à la vie pour mettre fin aux souffrances, ne peut pas avoir une portée étendue et générale comme un texte de loi

Présenter l’injection létale comme étant le seul moyen permettant la suppression des souffrances réfractaires, est suranné.

Dans l’immense majorité des cas, lorsqu’une personne se trouve en fin de vie dans un état de souffrances insupportables, c’est précisément parce que la loi actuelle n’a pas été appliquée.

Réclamer un vote sur le mode « pour ou contre l’euthanasie » n’a pas de sens. Ce problème est d’une complexité telle qu’un raisonnement manichéen ne peut en venir à bout.

Sans disposer d’informations sur la réalité du terrain et sans utiliser un langage consensuel cela ne peut qu’aboutir à un débat d’opinion, à un clivage de la société qui conduit à une guerre des idées dans un climat passionnel.

Le battage médiatique qui est fait au sujet des souffrances de la période de fin de vie, prétendument inaccessibles à tout traitement, n’est pas un élément de débat, cela fait partie d’un conditionnement émotionnel qui a pour objectif d’orienter le vote.

On ne peut pas dire d’une loi que l’on ignore, qu’elle est un obstacle à une prise en charge correcte et efficace de la douleur et de la souffrance dans les phases avancées ou terminales des maladies incurables puisque c’est précisément cela qu’elle prescrit.

Il est plus important de comprendre pourquoi en dépit de la loi, tant de malades en fin de vie sont abandonnés à leurs souffrances pendant parfois plusieurs jours, ou alors sont adressés de façon inopportune aux urgences des hôpitaux surchargés qui éprouvent des difficultés pour leur prise en charge.

Cette situation, en grande partie due à l’absence d’engagement des médecins traitants dans les soins dits palliatifs, est malheureusement fréquente, surtout dans les grands centres urbains.

Le Pr. Ameisen (Observatoire National de la Fin de Vie) souligne : « La mort des personnes âgées aux urgences d’un hôpital, lieu totalement inadapté à l’accompagnement de la fin de vie, est trop fréquente. Cela est régulièrement cité comme un dysfonctionnement majeur de notre système de santé et invite à faire des progrès ».

Une loi « légalisant » l’injection léthale, aura peu d’impact sur l’évolution vers un progrès sur les plans qualitatif et quantitatif, dans la prise en charge des fins de vie, par les médecins traitants.

Pour échapper aux responsabilités liées à l’accompagnement d’une personne en fin de vie, de nombreux médecins mettent en avant leur incompétence dans ce domaine. Il n’est pas impossible que cette incompétence soit entretenue ; cela leur permettrait de faire état de leur incapacité à agir c’est-à-dire de leur inutilité, et ainsi, de justifier l’abandon du patient, tout en se mettant à l’abri des plaintes et des poursuites.

Il y a un énorme travail à faire pour que les médecins praticiens, c’est-à-dire ceux qui sont au contact, au chevet des malades, réinvestissent ce champ d’intervention. Ce n’est pas évident pour ceux qui ont été formé seulement à combattre la mort.

En ce qui concerne la dignité de la personne, la loi française actuelle énonce clairement :

« Toute personne a le droit d'avoir une fin de vie digne et accompagnée du meilleur apaisement possible de la souffrance. Les professionnels de santé mettent en œuvre tous les moyens à leur disposition pour que ce droit soit respecté. » (Article L1110-5 Modifié par LOI n°2016-87 du 2 février 2016 - art. 1)

Malgré cette mention dans le code de la santé publique, certaines associations militent pour modifier la loi, au nom du « droit de mourir dans la dignité ».

Il est évident que le mot « dignité » n’a pas le même sens pour tout le monde.

L’ambiguïté est entretenue par un courant de pensée qui monopolise cette « valeur » et présente le droit de choisir l’injection létale, appelé par euphémisme « assistance médicalisée active à mourir », comme le seul moyen permettant de mourir dans la dignité.

On peut, heureusement, mourir dans la dignité autrement, en bénéficiant d’une assistance médicale qui s’en tient à sa mission fondamentale : soulager efficacement.

En 40 ans d’activité professionnelle, j’ai assisté environ 400 malades au moment de leur décès. Je peux témoigner que dans une très grande majorité des cas, les derniers instants d’une personne qui meurt lucide et sans souffrance, ont été empreints d’une grande dignité.

Mais il est vrai que cela nécessite compétence et disponibilité de l’équipe soignante ainsi que de l’entourage proche du patient.

Traiter de nos jours la souffrance par une injection létale, est un peu simpliste. Il serait regrettable que par la banalisation que va engendrer la création d’un « droit à… », cet acte devienne une solution de facilité qui serait ajoutée à la liste des services « proposés » par le système de santé, alors qu’il ne devrait être considéré que comme une exception répondant à une situation particulière.

Provoquer la mort d’une personne qui n’est pas à proprement parler en « fin de vie » et qui ne souffre pas, pour lui éviter une souffrance éventuelle que l’on suppose ne pas pouvoir contrôler, est une action qui se situe dans un autre registre. Si l’on veut en débattre, il faut commencer par utiliser les mots adaptés, il s’agit d’une assistance médicale au suicide. C’est un autre problème qui justifie d’autres développements.

Par ailleurs, inscrire « un droit » dans la loi, revient à déplacer le niveau décisionnel, des médecins vers les magistrats. Quand on connaît les lenteurs de la justice, on réalise que ce déplacement risque de générer des délais de décisions pénibles pour une personne en souffrance. Et qu’est-ce qui permet de penser que « l’intime conviction » des juges sera plus pertinente que l’intime conviction des médecins.

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